En bref : Un nouveau projet de loi au Sénat veut taxer les gérants de fonds bien plus agressivement. Il ne passera probablement pas cette année — mais il indique précisément vers où se dirige la bataille autour de l'argent du capital-investissement, de la dette privée et de l'immobilier.

D'abord, qu'est-ce que le « carried interest » ?

Lorsque vous placez de l'argent dans un fonds de capital-investissement, de dette privée ou d'immobilier, les personnes qui gèrent ce fonds ne se contentent pas de facturer des frais de gestion. Elles conservent aussi une part des bénéfices — généralement autour de 20 %. Cette part s'appelle le carried interest, ou « carry ».

Voici le point qui fait débat : bien que le carry soit essentiellement la rémunération des gérants pour leur travail, le système fiscal le traite souvent comme une plus-value d'investissement plutôt que comme un salaire. Les plus-values d'investissement (plus-values à long terme) sont imposées à un taux plus faible — environ 20 % — tandis que les revenus ordinaires peuvent être imposés jusqu'à 37 %. Ainsi, des gérants de fonds peuvent finir par payer sur des millions de dollars un taux d'imposition inférieur à celui que beaucoup de salariés paient sur leurs revenus. Les critiques appellent cela la « niche du carried interest ». Ses défenseurs répliquent que les gérants prennent un risque réel et méritent donc le régime des plus-values.

Ce qui est nouveau

Le 16 avril 2026, les sénateurs Ron Wyden, Sheldon Whitehouse et Angus King ont déposé l'Ending the Carried Interest Loophole Act (S. 3317). Ce texte supprimerait la règle actuelle (article 1061) et la remplacerait par un système traitant le carry bien davantage comme un salaire — imposé au taux du revenu ordinaire et soumis aux cotisations des travailleurs indépendants.

Le détail piquant : les gérants pourraient devoir payer l'impôt sur leur carry chaque année, même les années où le fonds ne leur a en réalité rien versé. Le projet de loi suppose en somme qu'ils réalisent un rendement chaque année et les impose sur ce montant « réputé » acquis. L'organe chiffreur du Congrès lui-même estime que cela rapporterait environ 63,1 milliards de dollars sur 10 ans. (DLA Piper, Commission des finances du Sénat)

Retour à la réalité : est-ce que cela va vraiment arriver ?

Pas pour l'instant. Le projet de loi n'a que des parrains démocrates, ce qui en fait un pari très incertain dans le Congrès actuel. (DLA Piper)

Et il y a un contexte important : l'été dernier justement, la grande One Big Beautiful Bill Act (promulguée le 4 juillet 2025) a en réalité conservé le régime favorable du carried interest — alors même que le président Trump poussait à l'imposer comme un revenu ordinaire. Ce qu'elle a changé, c'est le calendrier : les gérants doivent désormais généralement détenir un investissement pendant cinq ans (contre trois auparavant) pour bénéficier du taux réduit. (Morgan Lewis, Norton Rose Fulbright)

Pourquoi vous devriez vous en soucier (même sans être millionnaire)

Les fonds de capital-investissement, de dette privée et d'immobilier sont colossaux. Ils possèdent des immeubles d'habitation, prêtent de l'argent aux entreprises et apparaissent de plus en plus dans les comptes de retraite des particuliers. La manière dont ces fonds sont imposés influe sur les transactions, les loyers et la destination de milliers de milliards de dollars. Ce projet de loi est un signal que la pression sur les gérants de fonds ne va pas disparaître — il vaut donc la peine d'être suivi, même s'il cale aujourd'hui.

Ce qu'il faut surveiller ensuite

Si des Républicains s'y rallient (c'est là que tout se joue pour ses chances d'aboutir), et si des éléments de cette idée finissent par être intégrés à un paquet fiscal plus large plus tard. La réforme du carried interest est revenue au Congrès à maintes reprises depuis plus d'une décennie — ce n'est que la dernière manche en date.

Sources — allez nous vérifier

Ceci n'est pas un conseil fiscal — juste une mise au point en langage clair. Parlez à un vrai professionnel de la fiscalité avant de faire des mouvements d'argent.