D'abord, le seul terme à connaître : « déduire les intérêts »
Lorsqu'une entreprise emprunte de l'argent, elle paie des intérêts sur le prêt. Normalement, elle peut soustraire ces intérêts de son revenu avant de calculer l'impôt — c'est une « déduction », et cela réduit la facture fiscale. Assez simple.
Le hic : depuis 2018, une règle appelée article 163(j) plafonne le montant d'intérêts qu'une entreprise peut déduire dans l'année. Le plafond est de 30 % du bénéfice de l'entreprise. La question à un milliard de dollars est de savoir quelle version du « bénéfice » on utilise.
EBIT contre EBITDA (restez avec moi — c'est là toute l'histoire)
Il y a deux façons de mesurer le bénéfice pour le plafond :
- EBIT = bénéfice avant intérêts et impôts (earnings before interest and taxes).
- EBITDA = la même chose, mais on rajoute aussi les amortissements et dépréciations (en gros, les coûts comptables d'« usure » des bâtiments et des équipements).
L'EBITDA est un nombre plus élevé. Un chiffre de bénéfice plus grand = un plafond de 30 % plus grand = plus d'intérêts déductibles. De 2022 à 2024, la loi utilisait la version plus pingre, l'EBIT, ce qui étranglait les entreprises qui empruntent beaucoup.
La One Big Beautiful Bill Act, promulguée en juillet 2025, a définitivement rebasculé le plafond vers la version plus favorable, l'EBITDA, avec effet rétroactif à 2025. Traduction : les entreprises endettées peuvent de nouveau déduire beaucoup plus d'intérêts. (Grant Thornton, The Tax Adviser)
Pourquoi c'est important pour le PE, la dette privée et l'immobilier
Ces trois secteurs fonctionnent avec de l'argent emprunté. Le capital-investissement rachète des entreprises à l'aide de prêts (rachats par effet de levier, ou LBO). Les fonds de dette privée sont les prêteurs. L'immobilier, c'est essentiellement de la dette avec un immeuble attaché. Lorsque davantage d'intérêts deviennent déductibles, les opérations sont plus rentables et les rendements après impôt augmentent. L'immobilier et la construction ont été cités comme des gagnants particulièrement importants. (Baker Tilly, Paul Hastings)
Le piège de 2026
Ce n'est pas que du positif. À partir de 2026, une nouvelle « règle d'ordre » (ordering rule) prévoit que le plafond du 163(j) s'applique avant qu'une entreprise puisse transférer des intérêts sur d'autres actifs — fermant un contournement que certains utilisaient pour échapper entièrement à la limite. Il y a aussi une nouvelle règle qui retranche certains revenus étrangers du calcul du bénéfice. La porte s'est donc rouverte, mais l'une des issues de secours vient d'être scellée. (Clark Nuber, Barnes Dennig)
Pourquoi vous devriez vous en soucier
C'est l'une de ces règles invisibles qui façonnent discrètement la quantité de dette circulant dans l'économie — finançant des immeubles d'habitation, des rachats et des prêts à des entreprises de taille moyenne. Un emprunt moins cher (fiscalement) tend à signifier plus d'opérations et plus de crédit.
Ce qu'il faut surveiller ensuite
Comment les fonds réagissent à la règle d'ordre de 2026, et si le Trésor ou l'IRS publie des orientations détaillées sur le nouvel ajustement relatif aux revenus étrangers. Les deux pourraient modifier la manière dont les opérations sont structurées cette année.
Sources — allez nous vérifier
- Grant Thornton, « OBBBA restores previous 163(j) benefits, adds some new limitations »
- The Tax Adviser, « Sec. 163(j) after OBBBA » (mai 2026)
- Clark Nuber, « Major Updates to IRC Section 163(j) Under the OBBBA »
- Baker Tilly, « Business interest expense limitation changes impact real estate »
- Paul Hastings, « One Big Beautiful Bill Act — A Private Equity Perspective »
- Barnes Dennig, « One Big Beautiful Bill Meets Section 163(j) »